vendredi 7 novembre 2014

Pourquoi punir / sanctionner ses enfants ?


«L’éducation repose sur un système de règles qui doivent permettre à l’enfant de comprendre la différence entre ce qui est autorisé et ce qui est interdit et, par extension, entre le bien et le mal. Or, une règle n’en est une que si elle est assortie d’une sanction en cas de transgression.» Patrick Traube, Psychologue.

« Punition », « Punir », ces mots font peur de nos jours.  
Il semblerait que nous soyons passés d’un modèle où l’enfant n’avait pas du tout la parole à un modèle d’éducation où la parole de l’enfant fait loi ; autrement dit : d’un extrême à l’autre.
Souvent, en consultation, les parents  justifient le manque de sanctions ou punitions en me disant « j’ai peur de le/la traumatiser ». Or, si la punition est adaptée, il n’y a aucune raison qu’elle fasse traumatisme, au contraire : elle est nécessaire au bon développement de l’enfant.

Si certains parents ont si peur de « traumatiser » leur enfant, c’est que cela les ramène des années en arrière. Durant les générations précédentes non seulement on n’écoutait pas l’enfant (on ne lui accordait aucun droit, seulement des devoirs d’obéissance aveugle), mais on ne lui expliquait pas non plus les choses : la sanction tombait violemment (coups de ceinture, cris, gifles) sans que l’enfant n’en comprenne la raison.
Le lien de causalité n’était alors pas évident : il avait mal, souffrait, et ne comprenait pas pourquoi. C’est justement ce que les nouveaux parents veulent éviter à tout prix. Mais s’il y a bien une distinction à faire c’est qu’une punition n’est pas une violence, punir n’est pas violenter, c’est guider.


Transgression des règles et des limites :

Je me souviens d’un moment « magique » en thérapie où j’expliquais à un papa l’importance des limites et des sanctions en cas de transgression. Il n’avait pas vraiment l’air d’adhérer jusqu’à ce que sa fillette de 7ans, particulièrement vive et intelligente, intervienne : « Oui ! Je suis d’accord ! Hier quand j’ai jeté la télécommande par terre, tu aurais dû me punir en m’envoyant dans ma chambre ! … parce que maintenant j’vais pas apprendre et j’vais recommencer !! » sous l’œil médusé du papa…

Une punition est un rappel des limites et les limites sont ce qui guide l’enfant dans la bonne direction, c’est ce qui lui apprend… la vie.

Il est vrai que rares sont les enfants qui expriment leurs besoins avec autant de clarté que la fillette précédemment citée.
Il est normal qu’un enfant essaie de dépasser les limites imposées : cela lui permet de découvrir le monde (« Qu’ai-je le droit de faire ? », « Jusqu’où ai-je le droit d’aller ») et de tester la relation à ses parents (« Jusqu’où est-ce que mes parents m’aiment ? » , « M’aiment-ils quoi que je fasse, ou m’aiment-ils seulement en fonction de mes actes ? »).


Pourquoi faut-il être ferme, en tant que parent ?

Une punition engendre de la frustration chez l’enfant, frustration qu’il renvoie souvent sous forme d’agressivité (« T’es méchante ! Je t’aime plus !!») ou de mots renvoyant à la culpabilité des parents (« C’est pas juste. Pourquoi tu veux me rendre triste ? »)
Les enfants sont particulièrement doués pour déceler les failles et n’hésitent pas à s’en servir.
C’est le plus souvent par peur de traumatiser leur enfant, ou perdre leur amour que les parents cèdent aux caprices ou n’imposent pas le respect des règles, et cela, les enfants le comprennent.
Il est important que les parents aient confiance en eux ! Punir ne fait pas un mauvais parent, c’est même tout le contraire. Comme la punition renvoie à de la frustration, il est normal que l’enfant se révolte ou râle un peu, mais il faut « tenir bon » pour son bien.

Freud, le premier, a insisté sur le « besoin de punition » ressenti par l’enfant, conscient d’avoir fauté. Si ce n’est pas l’autorité parentale qui applique la sanction, l’enfant risque de s’en charger lui-même, notamment par le biais de pratiques autopunitives (privations volontaires, conduites à risques, mutilations…).
Mais, si la sanction est le geste par lequel le parent vient réaffirmer la règle, cela sous-entend que celle-ci ait été posée au préalable comme étant un impératif. Par exemple, avec un adolescent, plutôt que « J’aimerai bien que tu rentres avant minuit », il est préférable de dire « J’attends de toi que tu rentres avant minuit ». L’intonation, les regards et la gestuelle doivent aller dans ce même sens afin d’apporter de la crédibilité au message.
Ainsi, si l’on sourit en affirmant « Ce que tu as fait est dangereux », cela ne « colle » pas avec les mots prononcés et le sens recherché. Cela peut même discréditer  le message.
Ainsi, ne sachant plus s’il a affaire à un souhait, à une demande ou à un impératif, l’enfant peut désobéir sans le savoir, et se sentira injustement puni, lorsque la sanction tombera.

Afin que la sanction soit comprise et donc acceptée, il est primordial que le discours soit adapté à l'âge de l'enfant et donc énoncée de manière claire afin qu'il n'y ait pas d'interprétation possible.

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