Eduquer, c’est responsabiliser.
Les meilleures punitions seront
donc toujours celles qui serviront à responsabiliser l’enfant, à faire en sorte
qu’il se sente responsable de ses actes et en accepte les conséquences.
Pour cela, il faut anticiper, c’est-à-dire permettre à l’enfant
de se projeter dans la situation où il désobéira et donc s’imaginer en assumer
les conséquences.
Par exemple : « Je veux que tu
ranges ta chambre. Si tu ne le fais pas, alors tu devras débarrasser la table
tout seul ce soir. » Il s’agit d’inciter l’enfant à aller dans le sens d’une
obéissance raisonnée et s’il n’obéit pas, rester ferme et appliquer la sanction
prévue : « On ne négocie pas, tu as été prévenu, donc on applique ce qui
avait été convenu : tu vas ranger ta chambre ET débarrasser la table tout
seul ce soir. »
LA chose à ne pas faire est de « laisser
couler » et ne pas appliquer la sanction prévue.
Multiplier les menaces de punitions/sanctions
sans les appliquer revient à dire à l’enfant « fais ce que tu veux, de
toute façon ma parole n’a aucune valeur ! » et c’est est le meilleur
moyen de ne plus pouvoir du tout, à terme, se faire obéir.
Pour ce faire, il est important que
les sanctions prévues ne soient pas démesurées et qu’avant de poser la punition
adaptée, le parent soit sûr d’être capable de les appliquer. Ainsi, une
sanction du style « si tu ne ranges pas ta chambre, tu ne partiras pas en
vacances avec nous », en plus d’être disproportionnée (petite transgression => grande punition), elle n’est
pas applicable et l’enfant comprendra très vite qu’elle ne sera pas appliquée
et donc qu’il peut se permettre de ne pas obéir (parce qu’il n’est pas possible
qu'on le laisse seul à la maison alors que toute la famille part en voyage).
Même si une fessée n’est pas
dramatique, elle n’en reste pas moins une « mauvaise punition» car renvoie plus
au fait que le parent a perdu patience qu’à une réelle sanction. Le châtiment
corporel peut vite être interprété par l’enfant comme un échec parental. ("papa / maman n'a pas réussi à se contrôler")
« Le
meilleur moyen d’éviter la réaction brutale, c’est d’envoyer l’enfant dans sa
chambre », conseille le pédopsychiatre Jean-Louis Le Run.
Cela permet à l’enfant de penser
ses actes, de réfléchir à son comportement et au parent de s’interroger sur la sanction
à appliquer.
Si le parent n’est pas sûr de sa
décision, une discussion avec le deuxième parent peut s’avérer utile. La sanction
peut alors être différée « je vais en parler à ton père / ta mère quand il/elle
rentrera et nous décideront ensemble de la manière de te punir ».
En discuter avec l’autre parent
peut également permettre de prendre confiance en soi (l’on est plus seul(e) à
prendre la décision de la sanction) et agir sans excès (car l’autre parent
permettra alors de recadrer les choses « à froid »). Cela permet, en plus, d'apporter plus de poids à la sanction, puisqu'elle aura été décidée à deux (les deux parents) et ce qui la rendra d'autant plus "acceptable" pour l'enfant.
Selon Patrick Traube, « La sanction réparatrice est la plus
bénéfique, car elle confronte l’enfant à ses responsabilités » : une
manière de lui dire : « TU as cassé, TU répares », cela
peut-être, par exemple : réparer un objet cassé, remettre de l’ordre dans
une pièce que l’enfant aura mis en désordre, nettoyer un meuble qu’il aura Sali,
etc…
Toujours selon Patrick Traube,
lorsque ce type de sanction n’est pas applicable, (si l’enfant a cassé la TV,
on ne peut pas lui demander de la réparer !) « il est important de
choisir des punitions qui soient justement calibrées sur la faute ». Autrement
dit, il s’agit de trouver une sanction / réparation proportionnelle à la
transgression / bêtise. Et ainsi établir en quelque sortes une échelle de
punitions (petite bêtise => petite punition / grande bêtise => grande
punition)
Cette échelle des sanctions / punitions
permet également, indirectement, à l’enfant
de comprendre et d’intégrer l’échelle des valeurs des parents : « si
mes parents me punissent plus durement lorsque je manque de respect à un adulte
par rapport à quand je ne range pas ma chambre c’est qu’il est plus important
pour eux que je respecte les adultes par rapport au fait de ranger ma chambre ».
Les privations :
« A tout âge, les privations sont
les sanctions les plus efficaces », affirme Jean-Louis Le Run. Mais il ne s’agit
pas de mettre en place n’importe quelle privation : « Il faut viser des
activités stériles (télé, jeux vidéo, sorties…) et non celles qui lui
permettent de s’épanouir ou qui lui sont vitales (sport, art, nourriture). »
Patrick Delaroche conseille, lui,
le recours à des punitions qui engagent le corps : ranger, tondre le gazon,
nettoyer…
Selon lui, le but d’une punition
est de soulager l’enfant de sa culpabilité. L’enfant qui transgresse sait qu’il
a mal agi et s’en sent coupable. En fournissant un effort, on lui permet de se
débarrasser physiquement du poids de cette culpabilité. « Il se “dépense” pour
“payer sa dette”. » Ces punitions sont surtout valables pour les enfants de
plus de 5 ans.
Concernant les plus petits, «
l’attention et la présence de leurs parents étant leur principale satisfaction,
il leur suffit d’en être privé quelques minutes pour se sentir très punis. »
indique Daniel Marcelli. Il pourra alors s’agir d’aller au coin ou dans sa
chambre, pendant 5 minutes, par exemple.
Il est important que la mise en
place de la punition ne soit pas systématique et ne vienne que « quand le
rappel de la règle et les explications n’ont pas suffi. » (J.L Le Run) sinon, il
y a risque d’entrer dans un rapport de conflit permanent où le parent sera
contraint d’aller sans cesse dans la surenchère punitive, d’inventer sans cesse
de nouvelles punitions / privations.
Il est important de garder à l’esprit
que si la punition devient le seul moyen de se faire obéir, c’est que
l’autorité n’est pas établie. « Dans ce cas, conclut le pédopsychiatre, il ne faut
pas hésiter à se tourner vers un spécialiste. »
Par ce conseil, Jean-Louis Le Run
vient rappeler que la sanction systématique sous-entend le fait que le parent
n’a pas réussi à imposer naturellement son autorité, pour quelque raison que ce
soit.
Mais, il n’y a là rien de
dramatique et il faut garder à l’esprit qu’en tant que parent, on ne fait que
ce que l’on peut (!) et il est donc naturel à un moment ou un autre de se
sentir un peu dépassé et d’avoir besoin d’être guidé.
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